Par ØU
Le 20/03/2026
Le collage s’appelle Pabø. Un mot qui fait sourire, qui se tient entre le jeu et l’étrange, comme un écho discret d’un ailleurs qui n’est pas le nôtre, mais qui s’invite ici sans prévenir. Les images ne se donnent pas immédiatement : il faut s’y perdre, s’y déplacer, laisser les formes se superposer, se froisser et se répondre, jusqu’à ne plus chercher à leur faire face, mais à se laisser porter, traverser, mener par ce qu’elles mettent en mouvement.
Certaines figures attirent, d’autres résistent, et partout quelque chose circule, refuse de se figer. Les gestes s’élancent, les corps se croisent, les regards se perdent, comme pris dans une tension qui ne cherche pas à se résoudre. Des fragments d’histoires anciennes affleurent - visages, foules, icônes -, traversés d'héritages, de traces familiales, de résonances coloniales, pendant qu’à côté, des présences plus libres s’exposent sans détour, se mêlent, se déplacent, se répondent sans hiérarchie.
On devine des zones plus denses, presque fermées, où les formes s’accumulent, se rapprochent jusqu’à frôler la saturation. Puis, ailleurs, tout s’ouvre, respire, déborde. Comme si quelque chose avait dû se heurter, se comprimer, tourner en boucle, avant de pouvoir s’élargir. Et dans ce passage, une autre manière d’être apparaît : plus directe, plus entière, sans retenue - où rien ne semble devoir être contenu.
Les corps, les gestes, les signes, parfois frontaux, parfois décalés, presque ironiques, finissent par ne plus provoquer. Ils s’intègrent, participent à un équilibre inattendu. Ce qui pourrait déranger devient lien, ce qui pourrait diviser devient matière commune. Tout cohabite : l’héritage, le trouble, le désir, le jeu, - sans ordre imposé, mais avec une justesse qui se construit dans le mouvement même. Ce qui semblait dispersé, presque excessif, commence à tenir, à trouver un point d’équilibre, sans jamais se refermer complètement.
Pabø. Pas beau, peut-être, si l’on se laisse prendre au mot. Mais c’est exactement ce qu’il faut pour que tout tienne - pour que chaque mouvement, chaque élan, chaque geste trouve sa place, non pas malgré le désordre, mais grâce à lui. Comme si tout devait apparaître ainsi, sans filtre, pour que quelque chose se délie, se dise autrement. Et en regardant de plus près, ce qui paraissait fragmenté trouve sa place, lentement, jusqu’à former une présence pleine, assumée, impossible à contenir autrement.
Dans le désordre, dans l’étrange, dans ce jeu subtil où tout vibre, respire, s’ouvre - quelque chose finit toujours par surgir. Une clarté douce s’installe.
Pabø, 06/2025
Collage sur papier, 50 x 70 cm